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  <title type="html">Humus numericus - Réflexions</title>
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  <updated>2019-05-09T20:00:29+02:00</updated>
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    <title>Déscolarisation</title>
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    title="Déscolarisation" />
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    <published>2009-02-06T15:55:00+01:00</published>
          <updated>2009-02-06T16:59:54+01:00</updated>
            <author><name>Juba</name></author>
        <dc:subject>Réflexions</dc:subject>
        <dc:subject>anarchisme</dc:subject><dc:subject>bourdieu</dc:subject><dc:subject>enfants</dc:subject><dc:subject>politique</dc:subject><dc:subject>école</dc:subject>
    <content type="html">    &lt;p&gt;&lt;em&gt;Normand Baillargeon (l'auteur notamment de &lt;a href=&quot;http://atheles.org/agone/memoiressociales/lordremoinslepouvoir/index.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;l'ordre moins le pouvoir&lt;/a&gt;, petite introduction à l'histoire et aux idées de l'anarchisme) vient de publier sur &lt;a href=&quot;http://nbaillargeon.blogspot.com/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;son blog&lt;/a&gt; un &lt;a href=&quot;http://nbaillargeon.blogspot.com/2009/02/lecole-au-defi-politique-de-leducation.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;article sur l'éducation à domicile&lt;/a&gt; dans le contexte nord-américain. Comme c'est un sujet qui me pose pas mal questions (et qui risque de m'en poser de plus en plus), j'ai pris le temps de rédiger un commentaire du genre &quot;tartine&quot;. Du coup, étant un gros flemmard souhaitant rentabiliser au maximum toute calorie dépensée, je le recopie ici-même, tel quel, sans même un texte d'introduction :&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Merci pour ce texte très intéressant&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Le versant politique de la question me semble particulièrement délicat, et en tous cas m'interroge. Je précise cependant que je parle dans un contexte français, et que ce qui suit n'aura peut-être guère de sens dans un contexte nord-américain qui m'est totalement étranger...&lt;/p&gt;



&lt;p&gt;On connaît notamment depuis les travaux de Bourdieu le rôle fondamental que joue l'école dans la reproduction de la hiérarchie sociale et des rapports de domination, et surtout dans leur légitimation, en faisant croire que certains mériteraient d'occuper des positions sociales &quot;supérieures&quot; du fait de prétendues capacités intellectuelles, alors qu'on sait que la plus grande part de la réussite scolaire provient du capital scolaire des parents et de l'adéquation &quot;naturelle&quot; entre l'univers familial et les attentes du système scolaire. L'école devient donc une instance de reproduction (imparfaite mais bien réelle) du capital scolaire qui légitime ensuite, au nom d'une inexistante &quot;égalité des chances&quot;, les inégalités de considération et de rémunérations qui suivent.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Par ailleurs, de nombreux auteurs ont bien pointé le caractère particulièrement violent de l'institution scolaire. En premier lieu vis-à-vis des élèves qui réussissent le moins, et à qui l'on renvoie dès le plus jeune âge et pendant des années une image fortement négative. Mais aussi plus généralement pour l'ensemble des enfants, qui se retrouvent dans un lieu clos, très réglementé, soumis à l'arbitraire de l'enseignant et du travail qu'ils doivent effectuer, et exposés au stress d'une évaluation continue, et parfois continuellement négative.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Face à cette violence, je comprends tout à fait la volonté de sortir les enfants de cette institution et de leur épargner cette épreuve dont on peut penser qu'elle est loin de n'avoir que des effets positifs.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un des problèmes, il me semble, est que cette démarche n'est possible que pour une petite partie de la population&amp;nbsp;: en résumé, celle qui peut trouver le temps d'éduquer ses enfants, donc qui parvient d'une manière ou d'une autre à trouver des revenus suffisants par ailleurs. Et surtout celle qui dispose du capital scolaire suffisant pour pouvoir se mettre en position &quot;d'éducateur&quot; et se substituer au système scolaire. Car au bout du compte, du moins en France, il y a quand même un &quot;programme&quot; officiel à suivre, et donc des savoirs et compétences proprement scolaires à transmettre, ce qui nécessite une familiarité et une aisance vis-à-vis de ces savoirs et compétences. Au final, j'imagine qu'on retrouvera beaucoup plus d'enfants éduqués à domicile dans des familles à fort capital scolaire que dans des familles populaires.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;D'autre part, si l'éducation à domicile peut permettre de contourner et de lutter contre la violence de l'institution scolaire (seulement pour ses propres enfants, mais ce n'est déjà pas rien), elle ne permet pas en elle-même de lutter contre l'aspect &quot;reproduction sociale&quot; de l'école&amp;nbsp;: au final l'objectif du diplôme demeure forcément (il pourrait difficilement en être autrement) et la légitimation de hiérarchies sociales arbitraires également. On pourra à juste titre objecter qu'on ne peut pas demander à une démarche individuelle de remettre en cause les fondements même d'un système social, mais il me semble quand même important de ne pas perdre de vue cet aspect de l'institution scolaire.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si on additionne ces deux &quot;limites&quot;, on aboutit au risque, en caricaturant fortement, de voir dans l'éducation à domicile une démarche réservée à une fraction de la population scolairement privilégiée et lui permettant d'assurer la reproduction de son propre capital scolaire &quot;entre soi&quot; et en laissant le reste de la population, et notamment les moins favorisés, se débrouiller avec une institution scolaire jugée néfaste.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je ne veux pas dire par là que les personnes qui déscolarisent leurs enfants le font avec cet objectif. La plupart de ceux que je connais personnellement le font avant tout dans l'intérêt de leur enfant et car ils refusent de se soumettre à l'institution scolaire. Il s'agit en ce sens d'une démarche exigeante (en temps et en énergie) et courageuse (car le plus souvent socialement assez mal vu, y compris en France dans des milieux &quot;progressistes&quot;). Mais il reste pour moi ce dilemme entre d'une part la volonté de sortir ses propres enfants de l'école et d'expérimenter des formes alternatives d'apprentissages et d'éducation et d'autre part le risque de donner l'impression de &quot;jouer perso&quot; et de s'offrir une sorte &quot;d'école sur mesure&quot; laissant de côté tous ceux qui n'en ont pas scolairement les moyens.&lt;/p&gt;</content>

    


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    <title>Des chiffres à vous faire devenir végétarien</title>
    <link href="https://blog.nozav.org/post/2006/08/28/61-des-chiffres-a-vous-faire-devenir-vegetarien" rel="alternate" type="text/html"
    title="Des chiffres à vous faire devenir végétarien" />
    <id>urn:md5:c019969bae5eead45fa9216799fc5846</id>
    <published>2006-08-28T23:18:37+00:00</published>
          <updated>2006-08-28T23:55:29+00:00</updated>
            <author><name>Juba</name></author>
        <dc:subject>Réflexions</dc:subject>
        <dc:subject>animaux</dc:subject><dc:subject>végétarisme</dc:subject>
    <content type="html">    &lt;p&gt;Un chiffre cité en introduction d'un article du &lt;em&gt;Monde diplomatique&lt;/em&gt; de ce mois a failli me faire tomber de mon siège de métro cet après-midi&amp;nbsp;: il indiquait que le nombre d'animaux abattus chaque année aux Etats-Unis pour l'alimentation s'élève à... huit milliards&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Du coup, je suis allé faire un tour sur le &lt;a href=&quot;http://agreste.agriculture.gouv.fr/&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;site du ministère de l'agriculture&lt;/a&gt; pour voir ce que ça donne en France. En 2005, on a les résultats suivants&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;Gros bovins&amp;nbsp;: 3 521 000&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Veaux&amp;nbsp;: 1 747 000&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Porcins&amp;nbsp;: 25 116 000&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ovins: 5 306 000&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Caprins&amp;nbsp;: 895 000&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Equidés&amp;nbsp;: 21 700&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Volailles&amp;nbsp;: environ 916 millions (2004)&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;Je n'ai pas pu retrouver le chiffre concernant les lapins, mais celui-ci s'élevant à environ 43 millions en 1992, on aboutit à un bon milliard d'animaux par an. Ce qui est cohérent avec les &lt;a href=&quot;http://www.cahiers-antispecistes.org/article.php3?id_article=69&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;chiffres antérieurs de 1992&lt;/a&gt;. Pour info, le nombre d'oeufs de poule de consommation produit en 2005 est de 11,5 milliards (soit pas loin de 200 par habitant).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Toujours pour info, le nombre d'animaux abattus &lt;a href=&quot;http://www.gaia.be/fra/control.php?&amp;amp;topgroupname=&amp;amp;groupname=statistieken_asielcijfers&amp;amp;subgroupname=&amp;amp;contentname=statistieken_slachtcijfers&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;en Belgique&lt;/a&gt; en 2005 est de 280 millions.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Et tout ça nous donne le chiffre total de 50 milliards &lt;a href=&quot;http://www.allianceveg.org/Articles/index.php?p=AnimauxAbattus2003.html&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;pour le monde entier en 2003&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;C'est là qu'on se rend compte que parler en nombre d'animaux n'est pas la même chose que de parler en tonnes de viandes. Dans le premier cas, il s'agit d'êtres vivants, dans le deuxième cas de marchandise. Et si on rapporte ces chiffres à des durées plus courtes, on imagine les cadences dans les abattoirs industriels&amp;nbsp;: 16 000 animaux abattus par minute aux Etats-Unis, 31 animaux tués par seconde rien qu'en France.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La consommation de viande est évidemment très inégalement répartie dans le monde. En moyenne mondiale 36,4 kilos par personne en 1997-1999, cette valeur passe de 5,3 kilos en asie du sud à 88 kilos dans les pays industrialisés. Et cette quantité devrait continuer à augmenter, passant en moyenne à 45,3 kilos dans le monde, et à plus de 100 kilos par habitant pour les pays les plus riches (chiffres tirés d'un &lt;a href=&quot;http://www.who.int/dietphysicalactivity/publications/trs916/download/en/index.html&quot; hreflang=&quot;en&quot;&gt;rapport de l'OMS&lt;/a&gt;, page 21).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Je tiens à signaler que je ne suis pas végétarien. Il s'agit sans doute d'une de mes incohérences internes et des compromissions que nous faisons tous au quotidien avec nos idées et nos valeurs, mais en tous cas je n'ai pas encore passé le cap. Sans aller jusque là, il est déjà très facile et économique de diminuer sa consommation de viande et de poisson. Une fois par jour suffit largement, et peut même être au-dessus des &lt;a href=&quot;http://www.euro.who.int/document/e70041.pdf&quot; hreflang=&quot;en&quot;&gt;recommandations de l'OMS&lt;/a&gt; (désolé, je n'ai pas trouvé de document très clair sur ce sujet malgré plusieurs recherches).&lt;/p&gt;</content>

    


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    <title>Quelques réflexions sur le concept d’égalité</title>
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    title="Quelques réflexions sur le concept d’égalité" />
    <id>urn:md5:59615ed81718ce521a3eff658be805b2</id>
    <published>2006-03-21T00:44:47+00:00</published>
          <updated>2006-03-21T00:45:57+00:00</updated>
            <author><name>Juba</name></author>
        <dc:subject>Réflexions</dc:subject>
        <dc:subject>politique</dc:subject><dc:subject>réflexions</dc:subject><dc:subject>utopie</dc:subject><dc:subject>égalité</dc:subject>
    <content type="html">&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce texte se veut une participation à l’appel à contribution lancé par le collectif &lt;a href=&quot;http://www.lmsi.net/&quot;&gt;Les mots sont importants&lt;/a&gt; sur le thème &lt;/em&gt;Qu’est-ce que l’égalité&lt;em&gt;&amp;nbsp;; il vient d'ailleurs d'être &lt;a href=&quot;http://www.lmsi.net/article.php3?id_article=531&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;publié sur leur site&lt;/a&gt;. Il s’appuie sur des convictions personnelles plus que sur de nombreux auteurs ou références. Il se place dans une perspective qui n’est ni pragmatique ni réaliste mais délibérément utopique. Enfin, il repose sur deux idées principales&amp;nbsp;: l’égalité est une valeur fondamentale et un principe directeur de l’action humaine&amp;nbsp;; elle n’a de sens réel que si elle se concrétise par une égalité de fait.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;La notion d’égalité est parfois implicitement confondue avec celle d’identité. Cette confusion est alors utilisée pour discréditer un principe d’égalité trop fort sous prétexte que les individus sont tous différents. Or, égaux ne signifie évidemment pas identiques, comme le souligne bien le slogan «&amp;nbsp;tous égaux, tous différents ». Dire que deux individus sont égaux ne signifie pas nier ce qui les différencie, mais affirme que ces différences ne peuvent fonder une hiérarchie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En théorie, toute différence est susceptible de servir de critère à un ordre, et donc à une hiérarchie, source d’inégalités entre des êtres humains. Mais le choix des différences finalement considérées comme pertinentes est une pure construction sociale. Ainsi, comment justifier «&amp;nbsp;objectivement » que la couleur de la peau ou les compétences en mathématiques sont plus pertinentes pour hiérarchiser les individus que le diamètre de leur gros orteil ou le fait de pouvoir crier plus fort que les autres&amp;nbsp;? Il existe ainsi une infinité de hiérarchisation possible des individus entre eux, mais seules certaines d’entre elles sont considérées comme ayant du sens, et ces dernières font elles-mêmes l’objet d’une hiérarchisation. Certaines inégalités sont «&amp;nbsp;plus inégales » que d’autres dans le sens où elles peuvent s’appliquer et se ressentir dans une grande partie voire la totalité de l’espace social tandis que d’autres se limitent à des contextes particuliers. Les inégalités économiques, par exemple, sont plus fortement et plus globalement pénalisantes pour les individus que leurs manques de compétences en danses de salon.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L’inégalité entre tres humains est donc avant tout à relier au concept de domination. Lorsque deux individus ne sont pas perçus comme égaux dans un certain domaine, c’est toujours le signe d’une hiérarchie et donc d’un rapport de domination explicite ou symbolique. En ce sens, «&amp;nbsp;combattre les inégalités » ne signifie pas simplement vouloir réduire des écarts de conditions d’existence essentiellement matériels, mais c’est bien vouloir mettre à jour et combattre les différentes formes de domination (économique, culturelle, etc.) dans un groupe social donné. L’égalité dont nous parlons ici est bien l’égalité entre les êtres humains. Elle ne doit pas être confondues avec l’égalité des pratiques et des actions des individus. Toutes les pratiques et activités humaines ne sont pas «&amp;nbsp;égales », ne serait-ce que parce que certaines d’entre elles portent atteintes à d’autres êtres humains. Mais cette hiérarchie des activités se transforme en inégalités lorsqu’elle est «&amp;nbsp;naturalisée » et constituée comme partie prenante de l’individu qui l’a accompli. Ainsi, le fait de blesser ou de tuer quelqu’un est une action jugée répréhensible et qui peut entraîner une demande de réparation sous une forme ou sous une autre. Mais celle-ci ne doit pas devenir, une fois cette réparation effectuée, une forme de stigmate à jamais attaché à l’individu qui l’a accomplie et qui le qualifierait comme «&amp;nbsp;inférieur » à d’autres individus.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;De la même manière, on pourra toujours définir des classements et des hiérarchies entre les capacités des individus à accomplir différentes tâches (courir le 100 mètres, broder un napperon, parler allemand...). Mais ces différences, voire ces classements, deviennent des inégalités lorsqu’ils se transforment en hiérarchies entre individus eux-mêmes. Dans cette optique on pourrait penser que ce qui est critiquable par exemple dans une compétition sportive n’est pas tant le fait qu’il y ait un classement à l’arrivée, dans la mesure où celui-ci s’applique à des activités ou à des compétences&amp;nbsp;; le problème commence lorsque ce classement entraîne des différences et des avantages en termes de capitaux économiques ou symboliques (prestige, gloire).&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;L’égalité se laisse donc plutôt définir par ce qu’elle n’est pas (une absence de domination) que par ce qu’elle est. Mais c’est sans doute l’idée même de définition de l’égalité qui pose question&amp;nbsp;: l’égalité n’est ni un «&amp;nbsp;pari » ni un «&amp;nbsp;postulat » (qui pourrait s’avérer faux) ni même une «&amp;nbsp;réalité ». Ce n’est pas quelque chose à définir ou à démontrer&amp;nbsp;: c’est à la fois un idéal à atteindre (l’absence de hiérarchie et de domination entre les êtres humains) et un principe directeur, une valeur fondamentale, une manière de voir le monde qui refuse de hiérarchiser les individus et de créer une domination symbolique à partir de différences qui pourraient, dans un autre contexte, n’avoir aucun sens.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Poser la notion d’égalité comme un idéal ou un principe demeure très abstrait et ne dit pas grand chose des conséquences concrètes de l’application d’un tel principe. Or, sans ses manifestations concrètes, l’idée d’égalité est condamnée à demeurer une devise pour fronton de mairie. L’égalité de droit est supposée être acquise. L’égalité des chances n’est qu’un concept réactionnaire visant à justifier les inégalités réelles. L’égalité de fait, elle, reste à conquérir.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Lorsqu’on pense aux inégalités, on pense en général en premier lieu aux inégalités économiques. Or, si l’on s’en tient à l’égalité comme principe directeur défini précédemment, et qu’on tient compte du fait que toute inégalité économique, même mineure, est un facteur de domination, alors on en déduit que l’égalité entre individus passe forcément par une stricte égalité des conditions d’existence. Dans le cas d’une économie monétaire, cela se traduirait par le partage de la richesse produite par l’ensemble du groupe social de manière strictement équitable entre tous les membres de ce groupe.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Si on prend le cas de la société française, cela signifierait le versement d’un «&amp;nbsp;salaire » identique pour chaque individu, quelle que soit son activité, qu’il soit chômeur, chef d’entreprise, pâtissier ou artiste contemporain. Ce salaire viendrait en remplacement de toute autre forme de revenu économique.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Deux objections peuvent être faites à cette idée. La première serait que, si tous les métiers étaient rémunérés de la même manière, certains ne trouveraient personne pour les exercer du fait de leur pénibilité, leur dangerosité ou leur manque d’intérêt. Ceci n’est qu’à moitié vrai dans la mesure où l’attrait que peut exercer une activité est davantage lié à sa valorisation qu’à son contenu objectif. Sinon, comment expliquer l’intérêt que peut susciter la profession de dentiste&amp;nbsp;?&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;La deuxième objection serait que, si l’on tient compte par cette mesure de la domination économique, on oublie d’autres formes de domination, notamment culturelle. Après tout, quelqu’un de relativement dominant culturellement aurait tout intérêt à prôner ce genre d’idée puisque ce faisant, il éliminerait un facteur de hiérarchie qui lui est plutôt défavorable tout en conservant un autre facteur à son avantage.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;En fait, ces deux objections peuvent être écartées si l’on imagine la mise en place d’une seconde mesure, qui consisterait à faire en sorte que chacun exercerait, dans des proportions égales, une activité considérée comme «&amp;nbsp;qualifiée » (ce qui n’est surtout pas synonyme d’«&amp;nbsp;intellectuel ») et une autre plus difficile en termes de répétitivité, de dangerosité ou d’exigences physiques. Ainsi, le PDG de Renault ne le serait qu’à mi-temps et ferait la plonge dans une cantine scolaire le reste du temps. Un chercheur en littérature serait également ouvrier en métallurgie. Quelqu’un pourrait être pâtissier l’après-midi et balayer les rues le matin.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Un système de la sorte semble difficile à imaginer, et ne va pas sans poser de questions, notamment dans le choix de quelles sont les activités «&amp;nbsp;qualifiées » et les autres. Mais il aurait sans doute de nombreuses vertus, notamment en termes de solidarité et de cohésion sociales, d’amélioration générale des conditions de travail ou de réduction des disparités d’espérances de vie.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Ces mesures, en imaginant qu’elles pourraient être appliquées, n’auraient bien sur pas pour effet de supprimer toute forme de domination au sein de la société française. Bien d’autres questions resteraient à aborder, comme celles de la représentation et du pouvoir politique, des rapports entre générations, de l’éducation et de la scolarité, ou plus largement des inégalités entre pays et continents. Dans tous les cas, elles rappellent que l’égalité de fait est un idéal exigeant, évidemment très loin d’être atteint, et sans lequel l’égalité de droits ne sert qu’à masquer des inégalités réelles injustifiables.&lt;/p&gt;</content>

    


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    <title>Utopie</title>
    <link href="https://blog.nozav.org/post/2004/08/27/8-utopie" rel="alternate" type="text/html"
    title="Utopie" />
    <id>urn:md5:ba5342371975709e8f210a93ad1e30c2</id>
    <published>2004-08-27T10:15:55+00:00</published>
          <updated>2005-11-10T13:51:28+00:00</updated>
            <author><name>Juba</name></author>
        <dc:subject>Réflexions</dc:subject>
        <dc:subject>politique</dc:subject><dc:subject>réflexion</dc:subject><dc:subject>utopie</dc:subject><dc:subject>égalité</dc:subject>
    <content type="html">    &lt;p&gt;On a souvent tendance à se dire ces temps-ci que le discours de &quot;la seule politique possible&quot; commence à nous étouffer sérieusement et qu'un peu d'utopie ne ferait pas de mal. Bon, ben y'a qu'à s'y mettre, après tout...&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Partons d'un constat simple. Imaginons que le &lt;acronym title=&quot;Président directeur général&quot;&gt;PDG&lt;/acronym&gt; de Renault (pour en prendre un au hasard) travaille trois jours par semaine en tant que PDG de sa boîte, mais passe les deux jours suivants comme ouvrier à la chaîne &quot;de base&quot; dans une de ses usines (avec la rémunération qui va de pair pour ces deux journées). Ceci n'est qu'un exemple, on pourrait aussi mettre le directeur de France Telecom opérateur dans un central d'appels ou celui de Bouygues manoeuvre sur un chantier, les idées réjouissantes ne manquent pas. Ne pensez-vous pas que ces fringants PDG sans doute membres du Medef auraient rapidement envie&amp;nbsp;:&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;de repenser les conditions de travail dans leur entreprise&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;de réévaluer quelque peu le salaire de leurs employés&amp;nbsp;?&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;

&lt;p&gt;On pourrait de manière plus générale imaginer un brassage professionnel qui toucherait l'ensemble de la population. Chacun passerait la moitié de la semaine dans un travail &quot;qualifié&quot; (ce qui n'est surtout pas synonyme &quot;d'intellectuel&quot;) et l'autre moitié dans un travail plus difficile en termes de répétitivité, de dangerosité ou d'exigences physiques. On peut imaginer de très nombreuses vertus à un système de la sorte, en particulier en termes de solidarité et de cohésion sociales (il y aurait sans doute plus de monde dans les manifs), de disparités salariales (ça entraînerait un nivellement par le milieu) ou d'espérances de vie, d'amélioration des conditions de travail, de lutte contre l'aspect symbolique et culturel de la domination sociale, etc.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Bien sûr, la mise en oeuvre pratique de ce genre de mesures poserait de nombreuses questions. La première est sans doute la possibilité de convaincre les gens de participer (et pas seulement les PDG). La deuxième concerne la définition des activités &quot;qualifiées&quot; contre les &quot;non qualifiées&quot;, la mise en place de cette frontière (artificielle) engendrerait certainement de nombreuses luttes.&lt;/p&gt;


&lt;p&gt;Mais bon, j'ai parlé d'utopie, pas de programme électoral du PS&amp;nbsp;!&lt;/p&gt;</content>

    


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