Humus numericus

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R, Spip et autres

L'agression imaginaire

Et oui, encore une fois, la baudruche s'est dégonflée d'autant plus fortement que la plupart des grands médias ont soufflé dedans avec une vigueur désormais habituelle. L'aggression antisémite du RER parisien n'en était pas une, mais une invention pure et simple d'une jeune femme sans doute davantage à plaindre qu'à blâmer.

Cet incident semble intéressant à plusieurs titres. D'abord par l'engouement et l'écho médiatique qui ont été accordés à des faits même pas vérifiés. De la part des grands médias, ça n'est pas nouveau, plusieurs cas ont déjà existé par le passé : on se souviendra peut-être de la femme flic qui affirmait avoir été torturée dans une rame de métro ou du chauffeur de bus marseillais arrosé d'essence. Si les médias retenaient les leçons du passé, ça se saurait. Ce qui est plus étrange, c'est que les politiques, et en particulier Chirac, se soient également engouffrés dans la brèche. Faut croire que ce type d'incident est particulièrement porteur ces temps-ci.

Autre élément frappant : dans ce cas précis comme pour les autres exemples évoqués ci-dessus, les victimes imaginaires prennent toujours la figure du "jeune de banlieue" pour se construire un ou des aggresseurs. Michaël Moore relève le même phénomène dans Bowling for Columbine en montrant plusieurs cas où des meurtriers ont tenté de s'en sortir en accusant un noir qui passait par là.

Si on va un peu plus loin, au-delà du traitement par les médias des faits divers imaginaires, celui des aggressions réelles n'est pas triste non plus. Il y a eu récemment un excellent dossier dans PLPL n°19 qui va enquêter un peu plus profondément sur les circonstances d'un fait divers extrêmement médiatisé lors des fêtes de Noël 2003 (une famille avait déclenché une bagarre dans un service d'urgence). L'article n'est pas en ligne, mais sa lecture est passionnante. Il montre en quoi un fait divers peut-être le croisement entre une situation sociale très difficile (économiquement et symboliquement) et une insuffisance de moyens accordés à des services de base (en l'occurrence l'hôpital public).

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